Reconstruction de Notre-Dame de Paris : les entreprises responsables

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Reconstruction de Notre-Dame de Paris : les entreprises responsables

Reconstruction de Notre-Dame de Paris : les entreprises responsables

L’incendie dramatique survenu le 15 avril à Paris, qui a détruit toute la toiture de la cathédrale Notre-Dame, a révélé par contrecoup une union nationale. De toute part, les dons et les bonnes volontés affluent. Tout le monde veut reconstruire, le pays entier veut relever sa cathédrale et les promesses d’aide et de dons viennent même des pays étrangers. De la part des entreprises françaises, faut-il y voir une stratégie opportuniste ou la preuve qu’elles ont pris conscience que nous vivions dans un espace commun ?

La France ne changera pas, on peut le déplorer ou s’en réjouir. Il n’empêche qu’une polémique telle que nous avons connue, dès que de grandes fondations ont annoncé faire des dons conséquents pour aider à la reconstruction de la cathédrale partie en flammes, nous a ramenés à notre indécrottable esprit gallo-romain. Du Gaulois, nous avons conservé la relative indiscipline et la réticence à l’union sous un même commandement. Du Romain, l’esprit critique, l’intelligence toujours en éveil, la faculté de remise en question de tout. Certes, cela nous retarde parfois et soulève des polémiques qu’on peut juger vaines. Mais c’est aussi de cette manière que peut avoir lieu l’exercice démocratique et que notre histoire nous a portés si loin. Dans quel autre pays du monde aurions-nous assisté à telle polémique ? Pour beaucoup, cela serait allé de soi, et on n’aurait pas questionné le pourquoi du comment des entreprises qui font des dons. Il n’est toutefois pas malsain que l’on se questionne.

Faut-il accepter les dons défiscalisés ?

Faut-il accepter que de grandes entreprises donnent à l’Etat ce dont elles déduiront une partie (60 à 66%, puisqu’il semble que l’idée d’une défiscalisation à hauteur de 90% ait été abandonnée) de leurs futurs impôts ? N’assistons-nous pas à un tour de passe-passe fort habile, servant uniquement à redorer l’image des entreprises aux yeux du grand public qui ne les aime pas toujours, sans réussir à se passer de leurs produits ?

Ne soyons pas iréniques, les grands groupes que sont Total, LVMH, Artémis/Kering, L’Oréal, JCDecaux…, ont sans aucun doute pensé, au moment où ils faisaient l’annonce de leurs promesses de don, que la plus grande partie de la somme qu’ils donnaient d’une main à l’Etat, ils la lui reprendraient de l’autre. C’est à cela que sert la défiscalisation. C’est pour cela qu’elle a été mise en place. Sans incitation de l’Etat, c’est lui-même qui aurait sans doute pris la plus grande part du coût des travaux à sa charge. Lui – donc vous et nous !

Entreprise ne rime pas avec cynisme

Ici et là, nous avons déjà entendu évoquer le cynisme inévitable des entreprises, la « course à l’échalote de l’entreprise qui donnerait le plus tout en revendiquant l’exonération d’impôt » évoquée par la tête de liste de la France insoumise aux élections européennes.

Ce dont François-Henri Pinault a pris acte, en annonçant qu’il renonçait à la défiscalisation du don de 100 millions d’euros qu’il avait promis. « La famille Pinault considère en effet qu’il n’est pas question d’en faire porter la charge aux contribuables français », a-t-il écrit dans un communiqué de presse. Ce qui démontre, s’il fallait, que les grands patrons ne sont pas tous les cyniques que l’on dit. Il n’empêche, son image publique y gagne, me direz-vous en jouant l’avocat du diable ?

Vertu de la RSE

François-Henri Pinault ressortirait grand gagnant de cet exercice ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain, c’est qu’il aura apporté sa contribution à la réfection de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Mais sachant l’esprit rebelle qui se niche en chaque Français, il n’est pas certain que sa notoriété y gagne beaucoup. En revanche, ce que cette catastrophe et la polémique qui l’a suivie ont démontré, c’est que les entreprises ne pouvaient plus faire fi de l’opinion publique. Une majorité des Français s’est prononcée en faveur de la reconstruction de la cathédrale. Les entreprises, chacune à son échelle, ont proposé leur aide, leurs services, très spontanément. Il nous semble que c’est une preuve éclatante de la responsabilité sociale et environnementale qu’ont acceptée les entreprises. Aujourd’hui, chaque structure économique joue un rôle dans la Cité. Et elles sont de plus en plus nombreuses à l’avoir admis. L’entreprise n’est pas une entité neutre qui flotterait sur les hautes cimes d’un monde qu’elle ne verrait plus que de très loin. L’entreprise est partie prenante de la vie de la société. De ses heurs et de ses malheurs.