Faire évoluer la responsabilité de l’entreprise

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Faire évoluer la responsabilité de l’entreprise

« La mission de l’entreprise responsable » est un ouvrage paru aux Presses des Mines sous la direction de Blanche Segrestin et Kevin Levillain. Dans cet ouvrage, les deux chercheurs de Mines ParisTech et du Collège des Bernardins s’interrogent sur la responsabilité des entreprises. Et si le temps était venu d’un nouveau pacte entrepreneurial ?

« Qu’est-ce qu’une entreprise responsable au XXIe siècle ? Peut-on mettre en cause les entreprises quand leur stratégie conduit à des déséquilibres sociaux ou environnementaux ? Et comment repenser leurs obligations quand le changement climatique devrait notamment conduire à ce qu’elles renouvellent en profondeur leur mode de production et leur fonctionnement ? »

Voici les premières phrases de ce livre passionnant. Le constat des chercheurs est le suivant : la puissance créatrice de l’entreprise transforme le monde qui l’accueille. Or, si cette puissance est indispensable pour répondre aux enjeux du monde, elle peut aussi le mettre en danger. Il est temps, plaident les auteurs de ce livre, de dépasser la manière classique d’envisager les choses : d’un côté, les initiatives volontaires de RSE ; de l’autre les obligations fixées par l’Etat. Car l’Etat ne peut forcer davantage les entreprises sans entraver leur liberté et les contraindre, et dans le même temps, les initiatives de RSE sont insuffisantes pour répondre aux défis qui nous attendent.

Mettre en place des normes de gestion ?

Les auteurs du livre nomment « normes de gestion », la forme d’évaluation des choix de gestion dans les entreprises qu’ils appellent de leurs vœux sans remettre en cause la liberté d’entreprendre. « L’ouvrage suggère que la mission, librement définie par l’entreprise et inscrite dans ses statuts, constitue une norme de gestion qui relie efficacité et responsabilité sociale et environnementale par le biais de l’innovation. » Sans agir le moins du monde de manière contraignante sur la gestion et les objectifs des entreprises, l’enjeu de la mission serait « de rendre possible un engagement collectif dans la construction de futurs souhaitables. Et de restaurer ainsi un cadre de gouvernance cohérent avec les fondements mêmes de l’entreprise. »

Selon les auteurs du livre, le droit aurait « omis » de contrôler si les dirigeants d’entreprises agissent de manière responsable, c’est-à-dire : d’une part vis-à-vis de leurs employés, d’autre part vis-à-vis de leurs investisseurs, mais également vis-à-vis du futur de l’entreprise et de toute la société.

A travers l’Histoire des derniers siècles mais aussi celle de la chute du groupe Carillion en Grande-Bretagne, ils expliquent ce qui a manqué dans l’élaboration du droit tel que nous le connaissons aujourd’hui et plaident pour une avancée en la matière.

Dépasser l’intérêt des associés

Aujourd’hui, constatent les chercheurs, la RSE se limite souvent « aux initiatives qui contribuent effectivement à l’intérêt des associés. » Aussi, non seulement cela peut mettre en péril l’entreprise, mais toute la société. Récemment, le droit a commencé en France à dissocier  les intérêts de l’entreprise et ceux de la société. L’Allemagne et l’Autriche ont d’ores et déjà admis dans leur droit que l’intérêt public devait être pris en compte par les dirigeants d’entreprises.

Blanche Segrestin et Kevin Levillain insistent sur le fait que l’entreprise étant née avec la modernité et le progrès, il est inéluctable qu’elle évolue et adopte des normes de gestion qui lui permettent d’innover et d’admettre l’intérêt collectif, en le définissant elles-mêmes. C’est donc librement que les entreprises sont invitées à définir leurs objectifs et à en contrôler les résultats.

C’est à cette condition que les entreprises pourront continuer de mener le monde vers son progrès, non vers son déclin.

 

La Mission de l’entreprise responsable. Principes et normes de gestion, sous la direction de Blanche Segrestin et Kevin Levillain. Presses des Mines, 2018, 182 pages, 29 euros

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